À découvrir : Montmartre · la Butte · les Abbesses · Pigalle · la Goutte d'Or · Château Rouge · Barbès · Clignancourt
Perché sur la plus haute colline de Paris, le 18e arrondissement conjugue depuis toujours deux visages : celui d'un village aux ruelles pentues et aux vignes centenaires, et celui d'un creuset artistique qui a vu naître l'art moderne. De Montmartre à la Goutte d'Or, en passant par Pigalle et les Abbesses, ce territoire longtemps rural, rattaché à Paris en 1860, a gardé son âme de bourg tout en devenant l'un des quartiers les plus attachants de la capitale.
Un village vigneron sur la Butte
Avant de devenir parisien, Montmartre est une commune indépendante, perchée sur une colline calcaire et gypseuse exploitée depuis l'Antiquité. Ses coteaux plantés de vignes et ses moulins à vent, dont le célèbre Moulin de la Galette, dessinent au XIXe siècle un paysage résolument champêtre, à mille lieues de l'agitation parisienne. Carrières de plâtre, guinguettes et jardins maraîchers composent alors la vie quotidienne de ce village.
Le 1er janvier 1860, sous l'impulsion du baron Haussmann, Paris annexe les communes limitrophes et porte le nombre de ses arrondissements de douze à vingt. Montmartre, comme la Chapelle et la Goutte d'Or, intègre alors le tout nouveau 18e arrondissement. Ce rattachement administratif ne suffit pourtant pas à effacer l'identité villageoise de la Butte, qui conserve durablement son tracé irrégulier, ses escaliers et ses places ombragées.
La Butte, atelier du monde
La fin du XIXe siècle transforme Montmartre en capitale de la création. Attirés par les loyers modestes et la lumière si particulière de la colline, peintres et poètes s'installent autour de la place du Tertre et du Bateau-Lavoir, cet ancien atelier de la rue Ravignan où Pablo Picasso peint en 1907 Les Demoiselles d'Avignon. Renoir immortalise le Moulin de la Galette, Van Gogh loge un temps rue Lepic avec son frère Théo, tandis que Toulouse-Lautrec croque les nuits de Pigalle.
Dans le même temps, la construction de la basilique du Sacré-Cœur, décidée après la guerre de 1870, s'échelonne de 1875 à 1914 ; consacrée en 1919 après un chantier retardé par la Première Guerre mondiale, elle couronne la Butte de son dôme blanc et devient l'un des repères les plus reconnaissables de Paris.
Une colline traversée par l'histoire
Le 18 mars 1871, c'est sur la Butte que tout commence : des soldats envoyés récupérer les canons de la Garde nationale entreposés sur la colline sont désarmés par les Montmartrois, déclenchant l'insurrection qui donnera naissance à la Commune de Paris. Cet épisode fondateur ancre durablement Montmartre dans la mémoire populaire et frondeuse de la capitale.
En 1889, l'ouverture du Moulin Rouge, à l'angle du boulevard de Clichy, invente le cabaret moderne et le french cancan, tandis que Pigalle devient le rendez-vous des noctambules et des artistes de music-hall. Un peu plus au sud, la Goutte d'Or et le quartier Barbès accueillent dès la fin du XIXe siècle une population ouvrière et immigrée, donnant naissance à un tissu social dense et cosmopolite qui perdure aujourd'hui.
Le XXe siècle : mémoire et mutation
Tout au long du XXe siècle, le 18e se transforme sans renier ses racines. En 1933, le Clos Montmartre est replanté pour préserver la dernière vigne de la Butte face à la pression immobilière ; il est vendangé chaque automne lors d'une fête devenue tradition. Le marché Saint-Pierre, au pied du Sacré-Cœur, s'impose comme le rendez-vous incontournable des tissus et de la mercerie, prolongeant la vocation artisanale du quartier.
La Goutte d'Or et Château Rouge, marqués par les vagues successives de l'immigration maghrébine et ouest-africaine, forgent une identité populaire et vivante, faite de marchés animés et de brassage culturel. Cette diversité, longtemps perçue en contraste avec le Montmartre touristique, participe aujourd'hui pleinement à la richesse de l'arrondissement.
Vivre le 18e aujourd'hui
Classée pour partie en secteur sauvegardé, la Butte a su préserver ses vignes, ses moulins et ses venelles pavées, tout en devenant l'un des sites les plus visités au monde. Habiter le 18e, c'est choisir un art de vivre à taille humaine, entre ateliers d'artistes reconvertis, maisons basses et vues imprenables sur les toits de Paris.
Des Abbesses à la Goutte d'Or, l'arrondissement offre aujourd'hui une mosaïque de quartiers aux visages complémentaires : l'authenticité villageoise de la Butte, l'énergie créative de Pigalle et l'effervescence cosmopolite de Barbès. Un territoire qui a traversé deux siècles d'histoire sans jamais perdre son caractère, et qui continue d'écrire, rue après rue, l'un des récits les plus singuliers de Paris.
- 1860Rattachement de la commune de Montmartre à la ville de Paris
- 18 mars 1871Début de l'insurrection de la Commune de Paris sur la Butte
- 1875-1919Construction puis consécration de la basilique du Sacré-Cœur
- 1889Ouverture du Moulin Rouge, naissance du cabaret moderne à Pigalle
- 1907Picasso peint Les Demoiselles d'Avignon au Bateau-Lavoir
- 1933Replantation du Clos Montmartre, dernière vigne de la Butte