À découvrir : Parc Montfleury · Tennis Montfleury · Jardin Michèle Mercier · Piscine Montfleury · Avenue Beauséjour · Résidence Montfleury
À quelques minutes à pied de la Croisette, sur les pentes qui s'élèvent doucement au-dessus de la baie, Montfleury cultive depuis plus d'un siècle une élégance à part : celle des villégiatures discrètes plutôt que du strass. Quartier de villas, de jardins et de grands hôtels belle époque, il incarne un autre visage de Cannes, plus vert, plus intime, où l'art de vivre azuréen se savoure loin de l'agitation du front de mer.
Aux sources d'un nom de fleurs
Lorsque Lord Brougham lance en 1834 la vogue du séjour hivernal sur cette côte encore tournée vers la pêche et le commerce des îles de Lérins, l'aristocratie anglaise puis russe se met en quête de collines abritées où bâtir ses villas. Les pentes qui dominent doucement la baie, à l'arrière du futur boulevard de la Croisette, offrent ce que ces hivernants recherchent : un ensoleillement généreux, des vues sur la mer et les îles, et un relief assez doux pour accueillir de vastes jardins à l'abri du vent marin. C'est sur ces hauteurs que le quartier de Montfleury prend forme.
En 1877, les architectes James Warnery et Léon Le Bel y élèvent l'hôtel Montfleury, vaste établissement à l'architecture éclectique typique de la belle époque, doté d'un parc de deux hectares planté d'essences exotiques. Une aile orientale complète l'ensemble vers 1910. Cet hôtel devient l'un des points d'ancrage du quartier naissant, attirant une clientèle internationale venue passer l'hiver sur la Côte, à l'image de ce que vivent au même moment les grands hôtels de la Croisette.
Villas et jardins, l'empreinte belle époque
Autour de l'hôtel, le quartier se couvre peu à peu de villas cossues aux façades ouvragées, entourées de parcs privés où poussent palmiers, pins parasols et essences méditerranéennes. Cette urbanisation par villégiatures, typique du Cannes de la belle époque, dessine des rues calmes et arborées, à l'écart du mouvement du front de mer, où chaque demeure semble vouloir préserver son intimité derrière une grille et un rideau de verdure.
L'avenue Beauséjour et les rues alentour conservent aujourd'hui encore cette trame héritée du XIXe siècle : un habitat résidentiel, aéré, pensé pour le repos plutôt que pour le spectacle. C'est cette vocation, plus intime que mondaine, qui distingue Montfleury des quartiers plus flamboyants de la Croisette et en fait, dès l'origine, un lieu de résidence autant que de villégiature.
Un quartier traversé par l'histoire
Montfleury porte aussi la mémoire d'une période plus sombre. Après l'occupation de la zone italienne des Alpes-Maritimes par les troupes allemandes en septembre 1943, la villa Montfleury devient le siège de la Gestapo cannoise ; ses caves sont transformées en cellules où sont détenus et interrogés des résistants et des civils. Le 15 août 1944, jour du débarquement allié en Provence, plusieurs prisonniers y sont exécutés avant le repli des forces d'occupation. Cannes est libérée quelques jours plus tard. Une stèle rappelle aujourd'hui, sur les lieux, la mémoire de ces victimes reconnues mortes pour la France.
Le quartier a aussi une histoire plus légère, celle du sport : dès 1962, le groupe Lucien Barrière ouvre au pied du Montfleury une piscine qui devient un centre d'entraînement réputé, formant notamment le nageur Pierre Andraca, l'un des meilleurs Français du 400 mètres crawl à la fin des années 1970. Non loin, les courts de terre battue perpétuent la tradition tennistique dont Cannes s'est fait une spécialité depuis la belle époque.
Du grand hôtel au parc contemporain
Le tournant des années 1970 marque une rupture pour le quartier. En 1973, l'hôtel Montfleury et la villa Germania voisine sont démolis pour laisser place à un programme résidentiel de conception plus moderne, la Résidence Montfleury, dessinée par les architectes Eugène Lizero et Roger Taillebert : un ensemble à plan hexagonal, en béton, dont les balcons filants s'organisent autour de l'ancien parc, réaménagé en jardins en terrasses autour d'une piscine.
La piscine municipale, elle, connaît une période plus incertaine : des années de fermeture liées à des différends fonciers l'éloignent un temps du quotidien des Cannois, avant sa réouverture en 2013 sous une forme entièrement rénovée, avec bassin sportif couvert-découvrable et bassin d'apprentissage. Le parc Montfleury, dans son ensemble, a depuis fait l'objet d'un programme de rénovation qui en a réaffirmé la vocation de poumon vert et sportif du centre-ville.
Vivre à Montfleury aujourd'hui
Aujourd'hui, le parc Montfleury rassemble en un même lieu la piscine, sept courts de tennis, une aire de jeux, un terrain de pétanque et le jardin Michèle Mercier, six mille cinq cents mètres carrés de verdure ouverts à tous. Autour, les villas anciennes voisinent avec des immeubles de standing plus récents, dans un tissu résidentiel resté fidèle à sa vocation d'origine : offrir, à deux pas du centre, un cadre de vie calme et verdoyant.
C'est cette proximité rare qui fait aujourd'hui le charme de Montfleury : la Croisette, le Palais des Festivals et les plages se rejoignent en quelques minutes de marche, tandis que les jardins, les façades belle époque et le silence des rues composent un autre tempo, plus intime. Habiter Montfleury, c'est choisir cette élégance sans emphase, faite de jardins préservés et de discrétion, qui distingue depuis toujours ce versant de Cannes.
- 1877Construction de l'hôtel Montfleury, joyau naissant de la belle époque
- 1943-1944La villa Montfleury, siège tragique de la Gestapo cannoise
- 1962Ouverture de la piscine Montfleury par le groupe Lucien Barrière
- 1973Démolition de l'hôtel, naissance de la Résidence Montfleury
- 2013Réouverture modernisée de la piscine et du complexe sportif
- Aujourd'huiParc Montfleury : tennis, jardins et art de vivre résidentiel